L’Imam ‘Abou Hanifah, que Dieu (Allah) lui fasse miséricorde, enseignait la science de la religion à Bagdad. Youçouf Ibnou l-Khalid As-Samtiyy Al-Basriyy, un de ses élèves, était originaire de Bassora. De retour à Bassora, l’élève a appliqué avec sagesse les recommandations de son chaykh ‘Abou Hanifah ; l’école hanafite a ainsi prévalu dans la région.

Contexte de ces multiples recommandations

‘Abou Hanifah, que Allah lui fasse miséricorde, a fait ces recommandations à son élève Youçouf Ibnou l-Khalid As-Samtiyy Al-Basriyy (originaire de Bassora, en arabe Basrah, ville du sud de l’Iraq) lorsqu’il lui a demandé la permission de retourner à Bassora, sa ville natale.

‘Abou Hanifah lui a alors dit : « Non, attends que je te recommande ce dont tu auras besoin pour côtoyer les gens et connaître la manière d’agir avec eux. »

Il lui a ensuite dit : « Ainsi quand tu vas partir avec ta science tu auras avec toi un outil qui te sera utile qui t’embellira et ne sera pas un défaut pour toi. Sache que si jamais tu agis en mal avec les gens, ils deviendront des ennemis pour toi, même si ces gens-là sont des pères et des mères ; mais si tu agis en bien avec les gens qui ne sont pas des proches parents pour toi à l’origine, ils deviendront pour toi comme des pères et des mères. »

La connaissance de son élève

Puis ‘Abou Hanifah lui a dit : «Bismi l-Lahi r-Rahmani r-Rahim, je vais d’abord te dévoiler ce que je dois te dire. Je commence par ce que j’ai su de toi. »  En fait, ‘Abou Hanifah avait eu un dévoilement sur son élève, ce qui constitue un prodige pour notre maître ‘Abou Hanifah. Il a dit : « C’est comme si je te voyais entrer maintenant à Bassora et te diriger pour donner les preuves contre ceux qui t’ont contredit. Tu as été supérieur à eux et tu as donné les arguments à partir de ta science. Puis tu t’es replié pour ne pas les côtoyer et te mêler à eux. Tu les as quittés puis abandonnés et eux à leur tour t’ont abandonné. Tu les as insultés, ils t’ont insulté, tu les as jugés égarés, ils t’ont jugé égaré, tu les as jugés mauvais innovateurs et ils t’ont jugé à leur tour mauvais innovateur. Ces qualificatifs t’ont atteint et nous ont atteints de sorte que tu as éprouvé le besoin de partir et de les quitter. Mais ceci n’est pas une décision fondée parce qu’il n’y a pas quelqu’un qui soit raisonnable sans qu’il ait ce avec quoi il peut contourner les difficultés jusqu’à ce que Dieu lui accorde une issue. »

Les recommandations d‘Abou Hanifah

Veille à tes fréquentations

Puis l’Imam ‘Abou Hanifah a poursuivi en disant : « Lorsque tu entreras à Bassora et que les gens t’accueilleront, lorsqu’ils te rendront visite et auront connu ta juste valeur, accorde à chacun d’entre eux son juste mérite. Honore les gens qui sont d’une descendance honorée et traite avec beaucoup de respect les gens de science. Respecte les plus âgés et agis avec douceur avec les plus jeunes. Approche-toi des gens du commun et sache comment contourner les pervers. Cherche la compagnie des meilleurs et ne néglige pas le gouverneur. Ne méprise personne, ne manque pas d’établir des liens d’amitié avec eux. N’aie confiance en personne jusqu’à ce que tu l’ais testé et n’utilise pas comme serviteur quelqu’un de stupide ni quelqu’un de vile. Ne dis pas des paroles telles que le sens apparent soit une source de blâme pour toi et garde-toi d’être familier avec les gens malhonnêtes et vulgaires. Ne réponds à aucune invitation et n’accepte aucun cadeau. Sache comment utiliser les formules et échapper aux pièges et sois patient. Sois de ceux qui supportent, fais preuve d’excellence de comportement et de bonté de cœur. D’autre part, mets de beaux habits, utilise beaucoup de parfum et fais en sorte de tenir de nombreuses assemblées de science et que ces assemblées soient dans des temps bien connus. Consacre pour toi un moment de solitude qui puisse te permettre de t’occuper de tes affaires personnelles.

Cherche à avoir des nouvelles de ceux qui sont à ton service. Agis pour les corriger et les éduquer en utilisant pour cela la douceur. Ne sois pas de ceux qui font souvent des reproches car par la suite le reproche ne ferait plus son effet. Fais en sorte que ce ne soit pas toi qui les éduques parce que ceci contribuerait à ce que tu n’inspires plus le respect, en d’autres termes, si tu les éduquais d’une manière assez sévère, fais en sorte que ça ne vienne pas directement de ta part. D’un autre côté, préserve toujours le respect que tu inspires. Persévère sur tes prières et donne de ta nourriture parce qu’il n’y a pas un avare qui soit devenu maître. Ceci est un moyen par lequel tu connaîtras la réalité de l’état des gens. »

Recherche l’amitié et l’amour des gens

« Rends visite à ceux qui te visitent et à ceux qui ne te visitent pas et agis en bien à l’égard de celui qui agit en bien avec toi tout comme avec celui qui agit en mal. Pardonne, ordonne le bien et détourne-toi de ce qui ne te concerne pas. Délaisse tous ceux qui te font du tort. Sois de ceux qui réparent les droits. Celui d’entre tes frères qui tombe malade, rends-lui visite de toi-même et demande après lui régulièrement par l’intermédiaire de gens que tu envoies. Celui d’entre eux qui s’absente, cherche à avoir de ses nouvelles et celui qui te délaisse un temps, n’agis pas mal envers lui et demande après lui. Maintiens les liens avec ceux qui ne les ont pas maintenus avec toi, honore celui qui vient à toi, pardonne à celui qui t’a fait du mal et celui qui parle de toi en mal, parle de lui en bien. Si quiconque parmi eux vint à mourir, assure les droits qu’il a. Celui à qui arrive une joie, félicite-le et celui à qui arrive un malheur, présente-lui tes condoléances. Celui à qui il arrive un chagrin, sois solidaire pour endurer avec lui ce chagrin et celui qui recherche ton aide pour une de ses affaires, tiens-toi à ses côtés. Celui qui recherche ton secours, viens à son secours et celui qui cherche à ce que tu sois son allié alors sois son allié. Agis en montrant la recherche de l’amitié et de l’amour tant que tu le peux et adresse le salam aux gens. »

Ne t’oppose pas, présente l’école hanafite avec douceur

« Quand tu te tiens dans une assemblée avec des gens qui n’ont pas le même avis que toi, comme si tu te retrouves avec eux dans une même mosquée et que les questions se sont succédées, qu’ils y ont débattu et ont donné un avis différent du tien, ne leur montre pas de divergence. Si tu es interrogé au sujet de ces questions,  réponds par ce que les gens connaissent, ensuite tu dis qu’il y a un autre avis sur cette question-là et donne en la preuve. C’est avec cette preuve-là, lorsqu’ils l’entendront de toi, qu’ils sauront ton degré et ta juste valeur. Et s’ils te demandent : C’est l’avis de qui ? Dis : C’est l’avis de certains savants [c’est-à-dire l’avis de l’école de l’Imam Abou Hanifah.] »

Dans le passé, en effet, les habitants de Bassora ne connaissaient pas cette école de jurisprudence, ils suivaient l’école de Al-Haçan Al-Basriyy. Mais suite à la venue de As-Samtiyy et à son enseignement les gens ont adopté l’école de ‘Abou Hanifah.

Forme des savants avec patience et douceur

« Et lorsqu’ils auront accepté cela, qu’ils s’y seront habitués et qu’ils auront connu ta juste valeur, lorsqu’ils t’auront accordé un degré important, donne à chacun de ceux qui viendra à toi une sorte de science qu’il étudiera. Ainsi, chacun d’entre eux pourra en avoir une part. Donne-leur de la science la plus glorieuse [c’est-à-dire la science du tawhid] avant les détails. Tiens leur compagnie et plaisante avec eux de temps à autre.

Discute avec eux parce que c’est une source de renforcement des liens qui prolonge l’assiduité à apprendre la science. Donne-leur à manger de temps à autre. Règle leurs affaires. Reconnais leur degré. Fais comme si tu n’avais pas vu leurs éventuels dérapages. Sois doux avec eux et pardonne-leur. Ne manifeste à aucun d’entre eux un ennui ou une quelconque lassitude. Sois comme si tu étais l’un d’entre eux. Accepte d’eux ce que tu acceptes de toi-même. Agis avec les gens tout comme tu agirais avec toi-même.

Aide-toi contre ton âme en la préservant et en contrôlant ses différents états. Ne perds pas patience avec celui qui ne perd pas patience avec toi. Ecoute celui qui t’écoute et ne charge pas les gens de ce dont ils ne te chargent pas. Accepte pour eux ce qu’ils ont accepté pour eux-mêmes. Fais en sorte que tu aies toujours la bonne intention. Sois véridique. Délaisse l’orgueil. Garde-toi de la trahison même s’ils te trahissent. Rends ce qui t’a été confié et acquitte-toi de ce dont tu es chargé même si on ne fait pas de même avec toi. Attache-toi à la fidélité et attache-toi à la piété. Agis avec les différentes religions selon ce qu’ils agissent avec toi [c’est-à-dire ce qui comporte un profit et qui ne comporte pas de nuisance.] »

L’amour d’Abou Hanifah pour son élève, celui d’un père pour son fils

« Si tu t’attaches à mes recommandations j’espère que tu seras sauvé. Tu vivras sauf ‘in cha’a l-Lah ta^ala. De plus, je suis très triste de te quitter parce que t’avoir connu m’a fait beaucoup plaisir. Alors reste en contact avec moi par tes écrits. Fais-moi connaître quels sont tes besoins. Sois avec moi comme un fils parce que je suis avec toi comme un père. »

Youçouf Ibnou Khalid As-Samtiyy a dit : « Ensuite, il m’a amené des dinars, un habit et des provisions et il est sorti avec moi. Il a fait porter cela par un porteur. Il a réuni ses compagnons pour qu’ils m’accompagnent un peu sur la route. Il est monté avec eux jusqu’à ce que nous soyons parvenus au rivage de l’Euphrate. Ensuite, ils m’ont salué et je les ai salués. Le bienfait et la grâce de ‘Abou Hanifah, que Allah lui fasse miséricorde, par ces recommandations à mon égard et ses bienfaits sont plus éminents que toute autre grâce qui m’ait été accordée. »

Youçouf As-Samtiyy a-t’il appliqué ses sages conseils ?

Youçouf Ibnou Khalid As-Samtiyy a dit : « Je suis arrivé à Bassora et j’ai appliqué ce qu’il m’a dit. Il ne fallut que peu de temps pour que tout le monde devienne mes amis. J’ai pu enseigner et l’école de ‘Abou Hanifah à Bassora a prévalu. Tout comme cette école a prévalu à Koufa (une autre vile d’Irak), l’école de ‘Abou Hanifah au détriment des écoles de Al-Haçan Al-Basriyy et de Ibnou Sirin qui ont ainsi disparu. »

Si nous étudiions chacune de ces expressions, nous trouverions cette expression soit dans le hadith du Messager de Allah, soit dans le Livre de Allah.

A retenir :

‘Abou Hanifah a donné de précieux conseils à son élève Youçouf As-Samtiyy.

Il lui a recommandé entre autres de :

  • Faire preuve d’excellence de comportement
  • Rechercher l’amitié et l’amour des gens
  • Ne pas s’opposer brutalement mais présenter l’école hanafite avec douceur
  • Former des savants avec patience et douceur

 

Son élève a appliqué ses conseils avec sagesse et a pu enseigner et faire prévaloir le madh-hab hanafite dans sa ville d’origine.



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